Watching Challenge | Les films de novembre 2017

Ce troisième mois du Watching Challenge aura permis la rencontre de beaux films, dont deux particulièrement marquants – pour ne pas dire des coups de coeur. Alors, pour ce troisième compte-rendu, préparez-vous à découvrir le visage d’une vengeance, la naissance d’un amour subtil et imprégné de grâce, le destin étrange de deux adolescents et la solitude d’un phare en pleine mer…

Nocturnal Animals, Tom Ford – 2016 | Un film dont le titre est poétique

Susan est une galeriste dont la vie se révèle fade : son travail l’ennuie, son mari la trompe, elle n’a pas de véritables amis. Elle reçoit alors un colis de son ex-mari dont elle s’est séparée avec fracas vingt ans plus tôt : un livre, Nocturnal Animals, qu’Edward s’apprête à publier. Elle plonge alors avec fascination dans cette lecture crue et violente dont l’action se poursuit dans le film.

Qu’est-ce qui séduit le plus dans Nocturnal Animals ? D’abord la beauté de l’affiche, digne d’un ancien film noir. Le duo des deux acteurs aussi, Amy Adams, et Jake Gyllenhaal, qui offrent une très belle performance. Mais en dépit d’une première scène d’ouverture qui m’a laissée dubitative sur l’instant, il ne faut pas douter que Nocturnal Animals est à la fois un très beau et un excellent film. Le fond et la forme se rejoignent sans que l’un ne fausse l’autre. Chaque plan est minutieusement préparé et mis en scène, avec des images se renvoyant l’une à l’autre avec un certain trouble, une atmosphère noire, souvent froide, dans laquelle les personnages évoluent entre solitude et violence de l’intrigue. Visuellement, c’est magnifique, tout simplement.

Quant à l’histoire, elle n’est pas dénuée d’attraits non plus. Susan est évidemment seule, plongée dans sa vie monotone et sans passion, jusqu’au moment où elle reçoit le livre de son ex-mari Edward. C’est l’intrigue du roman qui s’inscrit ensuite à l’écran, le héros ayant les mêmes traits qu’Edward, lui, qui n’a jamais su « qu’écrire sur lui-même ». Dans ce livre, le héros voit sa femme et sa fille se faire kidnapper, violer et tuer par des routards. Puis vient sa quête pour retrouver les coupables et se venger. Le tout alterné avec des moments présents de la vie de Susan, son ressenti face à cette lecture, des flash-back de sa rencontre avec Edward. Nocturnal Animals, c’est le livre qu’Edward aura écrit pour surmonter sa rupture avec Susan, une forme de vengeance envers la douleur, cette perte et cette femme, comme le montre la fin. C’est aussi l’histoire qui fait réaliser à Susan combien elle a été dure avec cet homme, stupide sans doute à l’époque, pour mener une vie envers laquelle elle n’a plus d’intérêt aujourd’hui. Le récit enchâssé se révèle passionnant, dévoilant autant des fantasmes de Susan que des sentiments d’Edward.

Nocturnal Animals tient autant du thriller que du film dramatique, grâce à ses deux atmosphères différentes. Et les liens entre les deux se font habilement, poussant à réfléchir autant sur les moteurs de la créativité artistique, sur le début et la fin d’une relation amoureuse, sur la vengeance – faite parfois avec succès, parfois en pure vanité – sur la façon dont l’art et la réalité se mêlent. C’est aussi un film qui montre comme l’art peut amener à un changement d’état d’esprit, ou comment il permet de guérir une douleur, et de l’utiliser pour grandir et ressortir plus fort. Nocturnal Animals manque peut-être de chaleur humaine, pour en faire un véritable chef d’œuvre, mais il s’agit là d’un film magistral.

Voir une critique plus complète du film ici.

Carol, Todd Haynes – 2015 | Un film avec des personnages LGBT

Dans les années 50, c’est la rencontre du hasard entre Carol, une femme distinguée et aisée, et Therese, vendeuse dans un magasin de jouets. L’amitié emplie de grâce qui débute entre elles se révèle vite être de l’amour, alors que Therese sort avec un jeune garçon et que Carol, sur le point de divorcer, se bat pour la garde de sa fille.

« Mon ange tombé du ciel. » Le film Carol pourrait presque se résumer à cette seule réplique, tant il est empreint à la fois d’un certain classicisme, d’une certaine lenteur, mais emporté par la grâce, les regards échangés par Cate Blanchett et Rooney Mara, l’amour décrit avec tant de subtilité entre les deux femmes. Carol est plus l’histoire de la découverte amoureuse et romantique entre deux êtres, quel que soit leur sexe, qu’une histoire d’amour homosexuelle. Ce fait devient une sorte d’arrière-plan secondaire, ce qui ne peut être qu’apprécié et salué.

Les mots me manquent un peu pour décrire ce film. La musique est discrète ; la réalisation est fine et juste ; les costumes et les décors sont tellement bien faits qu’on se retrouve sans peine dans cette époque des années cinquante. Carol possède l’élégance et l’émerveillement d’un Bright Star (alias l’un de mes films préférés, tous genres confondus), dans sa description de la naissance d’un amour, dans l’éveil des sentiments à peine dévoilés, toujours implicites dans cette relation entre Carol et Therese. Et pourtant, à aucun moment on ne doute de la force de cet amour ou de sa véracité. C’est un coup de foudre, une fascination entre deux caractères très différents mais qui se complètent totalement, bien qu’ils soient pris dans les préjugés de leur époque. Personnages qui eux-mêmes s’affirment ou s’effritent au fur et à mesure des drames qui parcourent le film.

Carol est tout en nuances, en délicatesse. Dans la façon que les actrices ont de se regarder, de sourire, d’avoir un silence. Cate Blanchett et Rooney Mara, aussi androgynes et ambiguës l’une que l’autre, portent le film sur leurs épaules avec assurance et finesse (les seconds rôles ne sont pas en reste non plus). Elles sont aussi magnétiques que l’histoire d’amour qui les unit. Et en dépit qu’il soit mélancolique, que l’époque ne leur permette pas de s’aimer au grand jour, ce film offre un regard finalement positif et rafraîchissant sur les couples LGBT.

Your name. Makoto Shunkai – 2016 | Un film d’animation

Taki est lycéen à Tokyo et travaille pour payer ses études et ses sorties. Mitsuha vit dans un village ancré dans les traditions japonaises. Ces deux vies opposées se retrouvent brutalement mêlées quand Mitsuha se retrouve dans le corps de Taki, et Taki dans celui de Mitsuha, lors de journées aléatoires. S’ils croient au début qu’il s’agit d’un rêve, les deux adolescents se rendent compte de l’évidence : ils échangent bel et bien leurs vies.

Voici le synopsis avec lequel j’ai découvert Your name. Et il serait assez criminel d’en dévoiler davantage, pour savourer toute l’histoire. Makoto Shunkai, fort du succès de ce film d’animation, a été présenté comme le nouveau Miyazaki. Sans arriver à la maturité et l’universalité du réalisateur de Princesse Mononoké, Makoto Shunkai offre là un très beau film. Au début, je craignais que cela parte en finalement quelque chose de très trivial vu le pitch de départ, mais le film devient totalement autre chose, et saisissant à plusieurs reprises, proposant rebondissements inattendus. Passé un étrange opening digne d’une série animée, on peut découvrir un dessin magnifique, mis en valeur par différentes techniques et un beau travail sur les lumières et les couleurs.

Quant au sujet, malgré quelques blagues prévisibles, il est finalement traité avec poésie, respect et humour. Les deux personnages sont assez attachants, tout comme leur entourage, et on souhaite très vite en savoir plus sur les mystérieux liens du destin qui les unissent. Le film est aussi, comme un arrière-plan secondaire, une histoire romantique au sens premier du terme. Your name. est parfois un peu naïf et s’adresse sans doute plus aux adolescents qu’aux adultes, mais il est surprenant et vaut le détour, pour qui souhaite jeter un regard aux films d’animation japonaise.

Une vie entre deux océans, Derek Cianfrance – 2016 | Un film lié à la mer

En Australie, Tom Sherbourne, traumatisé par la Première guerre mondiale, choisir de trouver refuge loin des hommes en devenant gardien de phare. Il est séduit par l’une des jeunes femmes du village près de la côte, Isabel, qui part vivre avec lui. Après deux fausses couches douloureuses, une barque abandonnée sur les flots leur amène un homme mort, portant dans ses bras une petite fille de quelques mois. Le couple décide de l’adopter. Mais des années plus tard, ils croisent la véritable mère de l’enfant…

J’avais entendu parler d’Une vie entre deux océans sous sa forme originale – celle d’un roman, dont on m’a dit beaucoup de bien. Je n’ai finalement pas lu le livre, mais je me suis rattrapée sur ce film qui laisse la part belle aux paysages marins, aux visions du phare solitaire et illuminé. Une vie entre deux océans, c’est aussi le difficile retour à la vie de Tom, après le traumatisme lié à la guerre. Michael Fassbender a là un portrait tout en intériorité, composé de fêlures, réussissant à émouvoir avec ce personnage hanté par ses fantômes et ses névroses, son obsession de croire qu’il n’aurait pas dû survivre. Face à lui, Alicia Vikander offre un beau jeu, mais parfois trop hystérique, et Rachel Weisz s’en sort relativement bien. Le personnage de Tom est sans doute le plus attachant, avec cet homme traumatisé qui vit plus qu’il ne pensait le mériter, par rapport à ses camarades morts au combat.

Le film a tout d’un drame classique, anglais (bon, australien en l’occurrence), avec son île déserte, son phare se dressant au milieu des mers. Le contexte du phare sur l’île de Janus est un décor inhabituel, qui isole des hommes, force un gardien à rester face à lui-même, dans le silence et la nature. C’est cette partie sauvage et introspective qui plaît le plus, pendant la première heure du film ; avant que les ressorts du drame le fassent devenir plus familier dans son schéma de narration, avec la découverte de la mère encore vivante (Rachez Weisz). La fin a ses mélodrames, sa haine et son tragique, et son côté légèrement apaisant, aux dernières minutes. Bref, la deuxième partie d’Une vie entre deux océans déçoit un peu, quand son histoire se rapproche de la terre ferme, et perd son charme du phare isolé de la première heure, avec ses âmes en peine. Un beau film, mais qui n’aura pas pu libérer tout son potentiel.


5 réflexions sur “Watching Challenge | Les films de novembre 2017

  1. Eh bien, voilà bien 4 films que je ne connais pas du tout, sauf Carol, dont j’ai vu des extraits il y a quelques temps et que m’avait paru très bien ! Tu me donnes très envie de le découvrir en tout cas ! Si j’ai l’occasion de le voir, je ne le manquerai pas ! Sinon, l’autre jour, j’ai pensé à toi en écoutant France Culture, car il y avait une émission sur le Lolita de Nabokov. C’était une émission très intéressante, je te mets le lien au cas où cela t’intéresserait : https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/le-consentement-24-lolita-de-nabokov
    A bientôt !

    Aimé par 1 personne

    1. Je crois que Carol dépasse même Nocturnal Animals en coup de coeur ! En tout cas, même s’il est « classique » c’est vraiment un très beau film qui vaut le détour. Merci pour le lien sur l’émission ! J’ai vu la pub en passer sur Facebook, mais je n’étais pas allée l’écouter. Je garde le lien pour remédier à cela, merci beaucoup !

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  2. Moi non plus, je ne connaissais pas vraiment ces films, mais c’est tout l’intérêt du défi. Je note bien que Nocturnal Animals est un coup de coeur, même si il souffre aussi un peu de la froideur que j’ai l’impression qu’on retrouve dans tous les films, de nos jours…
    Quant à Carol, pour le coup, ça change qu’un film LGBT apporte de l’espoir.
    Finalement, je crois que c’est Your Name qui m’intrigue le plus. Je désespère vraiment de trouver des films ou les changements de vie/genre sont traités avec intelligence, et celui-ci a l’air d’être l’exception à la règle, même si je me doute que certaines blagues (voire la fin) risquent d’être clichés. Il m’intrigue vraiment.
    Quant au petit dernier, je ne savais pas qu’il y avait des films sur la vie en phare, même si après tout, ça n’a rien d’impossible.
    Tu as fait de très bonnes pioches ce mois-ci.

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    1. C’est difficile de trouver des films où les personnages sont vraiment attachants, en effet. On en trouve beaucoup plus dans les séries, désormais, parce qu’elles ont l’avantage de s’étendre sur plusieurs heures. Après, la froideur de Nocturnal Animals est en partie voulue, surtout pour le personnage joué par Amy Adams.
      Pour Carol, il y a quelques éléments tristes, mais au final il se termine bien et surtout, c’est super bien traité.
      Your Name. est vraiment sympathique à voir et je pense qu’il peut te plaire. Par contre, pour éviter la déception, il faut se dire que le synopsis présenté tel qu’il est, est un (bon) prétexte (je ne dirais pas à quoi), et même si le changement de vie/genre n’est pas vraiment son sujet central, y a quelques petites blagues, mais dans l’ensemble j’ai trouvé cela traité avec sensibilité, sans ridicule. Pour la fin on s’y attend mais comme le film est assez étrange et typiquement japonais, ça échappe aux clichés finalement, ou ce n’est pas gênant.
      Ça m’avait intrigué de voir qu’il y avait un film sur la vie en phare, même si j’ai finalement pas mal attendu pour le voir. C’était un bon mois :red:

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